[0:01] Des IA plus intelligentes que l'homme, mal utilisées et qui pourraient faire [0:05] des ravages, qui pourraient même se retourner contre leurs créateurs. Voilà le tableau apocalyptique dressé par l'un des acteurs clés du système. Vous connaissez le chatbot Claude, concurrent de ChatGPT, développé par la société Anthopic, mais vous ne connaissez peut-être pas son créateur, l'américain Dario Amodei, PDG d'Anthopic. Eh bien, Dario Amodei fait beaucoup parler de lui en ce moment, en raison d'un essai d'une trentaine de pages publiées notamment dans le Financial Times, un essai qui résonne comme un signal d'alarme contre les risques de l'intelligence artificielle. Cet éminent spécialiste des grands modèles de langage développe un propos carrément inquiétant. Selon lui, l'avènement prochain d'une super intelligence artificielle, c'est-à-dire une IA capable de rivaliser avec les meilleurs cerveaux de la planète en étant le meilleur physicien, le meilleur médecin, le meilleur mathématicien, etc., représenterait un véritable danger pour l'humanité tout entière. [1:02] L'humanité est sur le point de se voir confier un pouvoir presque inimaginable, écrit-il, et il est très difficile de savoir si nos systèmes sociaux, [1:10] politiques et technologiques ont la maturité nécessaire pour l'exercer. Alors Dario Amodei passe en revue un certain nombre de risques. Il évoque la cybercriminalité, il évoque la possibilité effrayante de fabriquer des armes bactériologiques et surtout de pouvoir les utiliser et les répandre. Selon lui, exploiter à des fins militaires une supérieure doterait un pays de capacités offensives considérables et pourrait provoquer des ravages chez des adversaires qui ne disposeraient pas des mêmes forces. [1:42] Dario Amodei pense clairement en priorité à la Chine, et il s'était d'ailleurs [1:46] opposé à la livraison à la Chine de cartes graphiques Nvidia hyper puissantes il y a quelques temps. Le patron d'Anthropic alerte aussi, d'une manière plus générale, sur les conséquences économiques de l'intelligence artificielle. Et notamment ses effets sur l'emploi. Selon lui, l'IA risque de faire disparaître 50% des emplois de cadres débutants dans les cinq prochaines années. Une réalité de plus en plus prégnante et de plus en plus souvent évoquée, même si pour l'instant, rien ne permet de dire qu'on en est déjà là. Enfin, plus étonnant, car le patron d'Entropique fait partie du système, Eh bien, Dario Amodei met en garde contre l'extrême concentration de richesse des opérateurs d'intelligence artificielle. Cela risque, selon lui, de conduire à une fracture géographique. En gros, dit-il, à terme, la Silicon Valley pourrait devenir une économie à part entière, fonctionnante à son rythme, un rythme différent du reste du monde. [2:41] Bref, un véritable catalogue de tous les effets pervers de l'IA, j'en passe et des meilleurs. [2:47] Alors ces inquiétudes, Dario Amodei n'est pas le premier à les exprimer. Et il rejoint en cela des personnalités telles que le britannique Geoffrey Hinton, le québécois Joshua Benjo ou même Elon Musk, qui ces dernières années ont déjà à plusieurs reprises mis en garde contre les risques, selon eux, liés à l'intelligence artificielle. Des risques qui, si on veut les cataloguer, sont donc de plusieurs ordres. Un, les conséquences économiques et sociétales, l'emploi, la désinformation, la démocratie, etc. Deux, les risques d'une utilisation détournée ou à mauvais escient, ce qui conduit d'ailleurs souvent à comparer l'IA au nucléaire, et c'est peut-être cela le risque le plus concret. Et puis enfin, il y a le scénario de science-fiction, d'une perte de contrôle, d'une autonomie des systèmes. Quelques exemples semblent illustrer ce phénomène, mais en réalité, ce n'était que des expériences de laboratoire jusqu'à présent. [3:46] Ce scénario à la Terminator ou à la 2001 Odyssée de l'Espace, en gros d'une IA qui s'affranchit et qui cherche à éradiquer l'homme, c'est impressionnant, mais c'est aussi la vision la plus décriée que beaucoup ne partagent pas, car ils estiment que l'IA est encore très loin de ses super pouvoirs qu'on lui attribue, y compris quand on se projette dans le futur. Un modèle se veut donc lanceur d'alerte, et ce qu'il souligne surtout, [4:10] c'est le manque de préparation des sociétés pour faire face à cette véritable révolution. Alors que faire ? Eh bien, il évoque plusieurs pistes pour éviter le pire. D'abord, il parle de réglementation. D'abord, il n'hésite pas à parler de réglementation. Voilà qui fera plaisir à nos institutions européennes. Il suggère aussi d'évaluer les systèmes d'IA comme on évalue les avions ou les médicaments avant de les mettre sur le marché. Avant tout déploiement, il faudrait s'assurer que ces IA ne sont pas capables, par exemple, de produire des armes bactériologiques ou chimiques. Il plaide aussi pour un déploiement progressif et graduel de ces outils afin de ne pas mettre des systèmes trop puissants entre n'importe quelle main. Une démarche qui est plutôt contraire à ce qu'on voit aujourd'hui avec la généralisation d'outils chaque jour plus puissants. Enfin, il suggère d'instaurer des kill switch matériels, c'est-à-dire des boutons rouges, des boutons de sécurité permettant d'arrêter la machine d'un seul coup si elle va trop loin. [5:08] Système de sécurité qui pourrait prendre peut-être tout son sens sur les futurs robots humanoïdes appelés à se multiplier dans notre environnement. Enfin, il insiste sur l'importance de mener des recherches en matière d'alignement et de contrôle, c'est-à-dire pour mieux comprendre et interpréter comment fonctionnent les modèles d'intelligence artificielle et détecter par exemple les raisonnements dangereux ou encore entraîner des modèles à refuser certaines actions même si elles peuvent sembler efficaces. Et là, Dario Amodei reprend sa casquette de CEO d'Entropique, puisqu'il précise que c'est justement au cœur des recherches de son entreprise. Bref, un cri d'alarme important dans le contexte actuel, même s'il ne surprend pas véritablement par son contenu, car beaucoup d'arguments ont déjà été évoqués. Mais en tout cas, ce qui est intéressant, c'est que cela émane d'un acteur clé du système, même s'il ne s'agit pas du leader du secteur.