Free audio post-production by Alphonik.com. Bonjour Anne, merci beaucoup d'être là avec moi aujourd'hui. Je suis très heureuse de vous recevoir au micro. Ça fait un petit moment qu'on en parle et on arrive enfin à se rencontrer ici à Genève. Donc merci infiniment. Comment allez-vous aujourd'hui ? Bonjour, je vais bien. Merci beaucoup pour votre invitation. Vous êtes très active en ce moment avec la sortie, enfin tout le temps, mais en ce moment, disons, très sollicitée avec la sortie d'un documentaire, la sortie du livre. Est-ce que vous voulez nous raconter un peu tout ce qui se passe en ce moment, l'effervescence dans laquelle vous êtes ? Alors, il y a différentes choses. Il y a effectivement la sortie du documentaire Trop Chaud qui raconte exactement notre histoire, notre marathon judiciaire depuis 2016 jusqu'à aujourd'hui. Il y a aussi un livre qui est sorti il y a quelques mois, « Le long combat des aînés pour le climat », qui raconte aussi notre histoire de manière extrêmement abordable, mais évidemment tout à fait stricte du point de vue événement et date. Et puis, nous avons aussi le suivi politique très important et très compliqué de la mise en œuvre d'un autre arrêt du 9 avril 2024. Là, maintenant, c'est dans les mains du comité des ministres du Conseil de l'Europe qui est chargé du suivi des décisions de la Cour, quelle que soit la décision et quel que soit le pays. Et là, il y a le suivi évidemment d'un autre arrêt, le suivi des réponses de la Suisse. Et là, la Suisse continue à traîner les pieds, donne des réponses, ne répond pas à toutes les questions. Et la prochaine fois que ce sera à l'ordre du jour, ce sera mars 26 probablement. Donc la Suisse met la pression pour que cette affaire soit enterrée. Enfin, qu'on classe l'affaire, que le comité des ministres classe l'affaire. Un arrêt de la Cour est contraignant. Ce qui est intéressant, c'est qu'il fait jurisprudence. Donc il est valable pour les 46 pays du Conseil de l'Europe. Et au-delà, puisque cet arrêt a fait le tour du monde et il est historique, et que d'autres juridictions s'en saisissent, c'est que même Cet été, en juillet dernier, quand la Cour internationale de justice s'est prononcée dans un avis dit consultatif, mais qui est un avis très très important et à l'unanimité des juges, l'arrêt a été confirmé aussi. Donc on ne s'ennuie pas, on pense prendre notre retraite après la victoire à Strasbourg. Et en fait, le combat ne fait presque que commencer. Finalement, il y a encore beaucoup de travail. Quand on est un peu fatigué, parce qu'on a le droit, nous sommes âgés. La moyenne d'âge de l'association, c'est 74 ans. On se dit non, mais on a gagné. On a gagné. Alors, les bâtons dans les roues, on connaît, surtout nous, femmes âgées, où nous avons dû lutter pour beaucoup, beaucoup de nos droits. ne serait-ce que le droit de vote en Suisse. On a attendu le 7 février 1971 pour le droit de vote en Suisse parce qu'on est dans une démocratie directe. Les femmes ne votaient pas, les hommes votaient. Et ça a été un long combat avec des pionnières, même bien avant nous. Donc, c'est vrai que nos parcours ont été sommés d'inégalités quelque part. pavé d'inégalités. Et donc voilà, on sait, on a l'habitude. Et puis on se réjouit que des jeunes reprennent le flambeau, que des jeunes reprennent la relève. Cette victoire, c'est aussi leur victoire puisque ça fait jurisprudence et que c'est une bouffée d'espoir. Et ça, ils nous le disent. Merci. parce qu'ils peuvent s'en saisir de cet arrêt, quel que soit le pays, et aller devant le gouvernement en disant « vous faites pas le job ». Bien sûr, et c'est ce pourquoi vous l'avez fait. D'ailleurs, j'aimerais bien qu'on revienne sur cet arrêt brièvement, mais quand même que vous nous racontiez le parcours judiciaire de l'idée jusqu'à cette décision historique d'avril 2024. Ça fait déjà Un an, un an et demi, ça passe tellement vite. Une décision, vous le disiez, qui a fait jurisprudence. Quelles ont été les étapes pour en arriver jusqu'à l'Europe et à cette décision européenne et finalement internationale, avec une portée internationale ? Alors, l'idée, elle mijotait déjà en 2015. Moi, j'étais encore au Parlement à Berne, au Conseil national, parce que j'ai fait pas mal de politique dans ma vie à tous les étages, tous les niveaux, et elle mijotait suite à la victoire d'Urgenda aux Pays-Bas. Ça a été une victoire de citoyens et de citoyennes qui ont mené l'action judiciaire contre le gouvernement. Et la première victoire, ils l'ont eue déjà en première instance en juin 2015. Et nous on en discutait au sein du groupe parlementaire des Verts déjà. Et Greenpeace Suisse avait vraiment cette victoire néerlandaise, ils avaient vraiment Et puis ça faisait un moment qu'ils se disaient, mais en Suisse ça n'avance pas, il faut absolument que quelque chose se passe. Et en discutant entre les parlementaires, entre Greenpeace suisse, avec des avocates, notamment qui avaient fait un avis de droit déjà. En Suisse c'est très compliqué, il n'y a pas de class-action possible, l'entrée dans l'action judiciaire est très compliquée. Elles avaient fait un avis de droit, notamment Ursula Brunner, une grande dame malheureusement décédée. Et on est arrivé à la conclusion que pour rentrer dans l'action judiciaire, il fallait trouver des personnes particulièrement vulnérables face aux grandes canicules, face à ces changements climatiques terribles. Et la conclusion est arrivée en lisant tous les rapports de l'OMS depuis 2003, la grande canicule de 2003. et les rapports des médecins, et les rapports de toutes les instances et des départements de la santé, que oui, les personnes âgées étaient très très vulnérables, mais les femmes en particulier. Problèmes cardiaques, problèmes cardiovasculaires, etc. Et donc ces avocates qui avaient bien réfléchi à la chose et fait c'est évident, ont dit ben voilà. Il faut que ces personnes-là se mettent en association et c'est comme ça l'association, les membres de cette association qui vont mener l'action judiciaire et donc Grimper s'est dit oui, on voit que nous on n'arriverait pas en Suisse à quoi que ce soit, on va vous soutenir. Et c'est comme ça que l'aventure a commencé et qu'on a créé l'association en août 2016 avec une poignée de femmes âgées et à la retraite. et que peu à peu on a déposé notre requête au niveau d'abord évidemment du gouvernement, parce qu'il fallait, que ce soit à la Cour européenne des droits de l'homme ou en Suisse, il fallait vraiment que toutes les étapes se fassent. Et donc le gouvernement qui a botté en touche, qui n'est jamais entré sur le fond, Ensuite, premier tribunal, le tribunal administratif fédéral qui est à Saint-Gaël, qui a voté en touche, qui devait renvoyer la copie, le gouvernement ne l'a pas fait, avec des arguments mais vraiment affligeants. Et puis on est encore allé jusqu'au tribunal fédéral qui est un peu notre cour suprême, enfin qui est vraiment le tribunal aussi censé voir que les droits fondamentaux sont bien appliqués en Suisse. Là, les arguments ont été encore plus affligeants. qu'on n'était pas encore aux deux degrés, qu'il n'y avait pas lieu de prendre des mesures, que c'était une histoire à moyen et long terme, vous imaginez le changement climatique, que des juges puissent avoir ce gendarmerie, mais que finalement, quand tout ça se passera, elles seront plus de ce monde, en gros, c'est ça. Et là on ne sait pas... Certains agissent aussi, il y a en. Tout cas une discrimination. Il faut reprendre ne serait-ce que le communiqué de presse du tribunal fédéral où il y a des choses et c'est des arguments qui ont vraiment été, et ça ça a été très très bien repris lors de notre audience par une des avocates et ça a absolument scotché tout le monde. Parce que c'était vraiment énorme, énorme. Et alors là on s'est dit, on a encore une étape en Suisse, c'est la Cour Européenne des droits de l'homme, puisque nous faisons partie du Conseil de l'Europe et non pas de l'Union Européenne. Et donc on y est allés, en se disant, on va amener pour la première fois le climat, les droits fondamentaux, droit à la santé, droit à la vie, etc. Et la Cour, elle n'a pas attendu comme nos tribunaux et notre gouvernement 18 mois pour nous répondre, nous a répondu très rapidement dès 2021, c'était dès 2021, votre requête est prioritaire. Alors déjà, rien que cette réponse nous a vraiment encouragé et ça a ouvert à ce moment-là tout un dialogue avec la Cour, et la Cour a envoyé des questions à la Suisse, puisque la Suisse n'avait jamais répondu sur le fond, et la Cour a dit, ben voilà, sur l'article 2, sur l'article 8, enfin vous êtes pris de répondre, avec des délais, et ces délais, on doit les tenir, il n'y a pas de prolongation possible, même si on s'appelle la Suisse. Et nous, ça nous a aussi permis de répliquer, d'avoir des réponses en fonction des réponses de la Suisse où on voyait bien qu'elle continuait à botter en touche. Et il y a eu aussi l'apport tout à fait exceptionnel de ce qu'on appelle des observateurs et des tiers intervenants, qui sont des scientifiques, qui sont des spécialistes, qui n'ont rien à voir avec notre procédure. mais qui peuvent envoyer à la Cour leurs observations. Ça se passe pour tout à la Cour. Alors la Cour accepte, accepte pas. Elle en a accepté énormément et on voit en lisant l'arrêt qu'elle s'est beaucoup appuyée aussi sur ce travail de scientifiques. Et les juges de la Cour ont écouté les scientifiques. Clairement, ils ont relu les rapports du GIEC, ils ont repris l'accord de Paris. Ce que le politique ne fait pas. Le politique n'écoute pas les scientifiques. Et là, ça a continué évidemment à ouvrir des perspectives jusqu'au moment où la cour nous a dit, eh bien votre requête va être envoyée à la grande chambre de la cour, ce qui est encore un pas supplémentaire très très important, puisque la grande chambre de la cour ne traite que des affaires compliquées, importantes. Alors là, évidemment, de nouveaux échanges d'écriture, etc. Jusqu'au moment où ils nous ont écrit « Début 23 », et bien votre audience publique aura lieu le 29 mars 2023. Alors là, les tensions, les émotions sont montées encore d'un cran jusqu'au jour où on a pris le train pour Strasbourg pour aller à cette audience où là il y avait déjà les médias du monde entier puisque c'était une première. Et ça a été un moment extrêmement fort avec notre équipe juridique exceptionnelle. Puis la Suisse qui s'est un peu pris les pieds dans le tapis quand il a fallu répondre aux juges. Et ça c'était vraiment tout à fait extraordinaire. Face à 17 juges, c'est une fois dans sa vie. Bien sûr, et puis c'est un combat qui est qui a duré, alors qu'il n'est pas terminé, on l'a dit en préambule, mais qui a duré quand même pendant huit ans de bataille judiciaire, quand on sait à quel point c'est éreintant, c'est éprouvant, et il faut rechercher de nouveaux arguments et essayer de ne pas baisser les bras, parce que c'est aussi ça la machine judiciaire, c'est aussi un rouleau compresseur face à une petite association, enfin petite, une association, une petite structure en tout cas. Oui, alors maintenant on est plus de 3000 membres et puis c'est vraiment C'est une histoire d'équipe, il faut le dire et le redire, c'est une histoire d'équipe, un comité très fort, un comité suisse, c'est au niveau suisse que ça se passe, un comité très fort, des membres très très actifs, très très dynamiques. une équipe juridique exceptionnelle, et puis maintenant de plus en plus de membres, et maintenant plus de 3200 membres, et des membres soutiens et des soutiens de partout, plus le soutien de Greenpeace qui est resté vraiment très très présent avec son spécialiste climat Géorges Klingor. Et puis c'est toutes ces rencontres qu'on a faites parce qu'on a été sollicités de partout. Et des jeunes, des moins jeunes, détableront des événements au-delà des frontières. Alors souvent par visioconférence, parce que ça a été en Corée du Sud, ça a été enfin partout. Et ça aussi, ça permet de tenir, ça motive, on reçoit de l'énergie, beaucoup. Et c'est magnifique, c'est magnifique. C'est un immense réseau finalement. Moi, ce que je trouve magnifique dans ce combat que vous avez mené, c'est qu'il y a deux dimensions. Il y a évidemment celle de voir des aînés s'emparer de ces sujets climatiques. Ça fait du bien quand, comme moi et comme plein d'autres, on est militants, militantes depuis des années. Ça fait du bien de voir aussi des personnes plus âgées s'emparer de ces questions-là, nous aider, nous accompagner. Et puis, il y a cette dimension de sororité, d'équipe, vous le disiez, d'entraide, qui est quand même fondamentale dans ce projet. Et je trouve qu'au regard de ces deux aspects, votre combat, il est vraiment singulier et il est vraiment inspirant. Vraiment, vraiment. Oui, c'est vrai, mais c'est aussi vrai que de par notre grand âge, nous sommes pour beaucoup des militantes de longue date. Mais qui n'étaient pas forcément fédérées ensemble. Pas forcément dans l'environnement, pas forcément. Moi oui, depuis des décennies et des décennies. Donc c'est aussi ça qui a fait que je me suis dit je ne peux pas prendre ma retraite. Quand j'ai quitté le Parlement à Berne, je me suis dit non, non, mais quand un de mes anciens collègues m'a dit tu sais, tu te souviens, tu ne veux pas faire la coprésidente, je me suis dit je ne peux pas arrêter, ce n'est pas possible. Et voilà, mais c'est vrai que nous sommes pour beaucoup, on nous a aussi souvent dit Vous êtes justement celle qui nous laisse la planète dans cet état, les 30 glorieuses, le tout à la voiture, au pétrole, à la consommation excessive, etc. Je ne crois pas qu'aujourd'hui ça soit beaucoup mieux malheureusement. Oui ! mais on prend nos responsabilités. Et puis souvent ça c'est des jeunes, je me souviens à l'université de Lausanne qui m'avaient fait ces remarques, mon enfant vous êtes égoïste, etc. Je dis attendez, attendez, attendez, on se calme, je vous raconte l'histoire et on n'était pas toutes à mettre dans le même panier parce que figurez-vous que nous sommes très nombreuses à avoir, voilà, milité depuis très longtemps parce qu'on sait depuis très longtemps ce vers quoi on va. Oui, et puis l'éveil, l'éveil des consciences a aussi, selon les personnes, eu lieu plus ou moins tôt, plus ou moins tard. Et moi, je suis plutôt justement assez partisane de l'idée de se dire qu'on a tous une marge de progression et que si on s'empare de ces sujets-là, peu importe notre âge, notre passé, c'est déjà super positif. Donc plutôt tendance à voir le verre à moitié plein. Alors vraiment, vraiment. Ce que vous dites, et vous l'avez déjà évoqué, c'est que vraiment ce jugement et cette décision de 2024, elles dépassent les frontières de la Suisse, bien évidemment. Et c'est un message d'espoir, c'est un message aussi qui va permettre aux générations futures de s'emparer de cette décision. Est-ce que vous pouvez nous raconter ? Est-ce que vous avez déjà des exemples un peu concrets d'actions qui ont été entreprises depuis ? Alors peut-être, j'ai tout récemment pas eu de nouvelles, mais j'en ai eu il n'y a pas longtemps, les six jeunes Portugais, dont peut-être vous avez entendu parler, qui étaient avec nous à la cour aussi, à la grande chambre, que nous connaissons bien, que nous avons suivis, et en solidarité nous avions été aussi à leur audience en septembre 23. Probablement maintenant, alors ils n'ont été déboutés pas parce que sur le fond c'était exactement comme nous, ils ont été traumatisés par des incendies effrayants à côté de chez eux et cet été ça a recommencé d'une manière dramatique et de nouveau ils sont traumatisés une fois de plus. Et il y a une ONG au Portugal qui se dit qu'ils vont se lancer et que sur les six, il y en a peut-être quatre je crois, parce qu'ils sont encore très jeunes, ils sont en formation, ils doivent, voilà, qui seraient prêts à y aller et donc à saisir cet arrêt et à dire ok, maintenant le Portugal, please, On y va. Et autrement, récemment, non. Cela dit, il y a plusieurs pays européens qui ont déjà... Il y a les Pays-Bas dont j'ai parlé, mais en Allemagne, il y a eu un jugement aussi à haut niveau où c'est le pays qui a été condamné, donc ils n'ont pas eu besoin d'aller. Et puis en Belgique aussi. Donc, il y a déjà des pays européens qui n'ont pas eu besoin d'aller parce que là, ils ont eu des juges courageux. Et en Suisse, on n'a pas trouvé de juge courageux. Voilà pourquoi on est allé jusqu'à la cour. Oui. Et puis, on sait aussi que le temps judiciaire n'est pas le temps du climat, n'est pas le temps des enjeux auxquels on est confrontés. Malheureusement, la machine judiciaire est très lente. Et donc, je pense notamment à ces jeunes au Portugal où, quand bien même ils importeraient une nouvelle action, on sait. Que le temps politique n'en parle pas. Exactement. Et donc là, il y a une vraie dissonance finalement entre les urgences climatiques auxquelles on est confronté au quotidien et les prises de décisions de nos politiques qui semblent être un peu au ralenti. Et ça, pour le coup, c'est un constat qu'on partage partout. C'est plus que le ralenti. Pour certains, c'est le retour en arrière. Oui, oui. C'est terrifiant. Est-ce que pour vous, justement, de ce point de vue-là, ça génère une frustration, un sentiment de découragement de se dire, nous, on a fait tout ce qu'on pouvait et maintenant, c'est finalement au pays, à la Suisse, de suivre cette décision et le combat continue. Il faut encore les rappeler à l'ordre parce que finalement, c'est comme si ce jugement ne suffisait pas. Est-ce que ça, c'est décourageant ? Je ne sais pas. En tout cas, quel est votre sentiment ? Alors, c'est vrai que Suite aux premières réactions, juste après notre première réaction politique en Suisse, elles ont été effectivement violentes et inhabituelles, parce que ce serait la première fois qu'en Suisse, en plus de 50 ans, puisqu'on a adhéré, ça fait 51 ans maintenant, à la Convention, qu'on n'appliquerait pas une décision de la Cour. On n'a pas été condamné dix mille fois. Une fois où ça l'a été, on a mis en œuvre, en traînant les pieds, en râlant, comme beaucoup de pays d'ailleurs. Mais on l'a fait et ce serait la première fois. Et c'est vrai que les réactions ont été d'une violence. Ces déclarations qui ont été faites au Parlement, disant au gouvernement, n'appliquez pas cet arrêt. Ça nous a estomaqués, il faut le reconnaître. Et on était à la tribune du Parlement, Pour le Conseil national, on a eu un défilé de parlementaires, plutôt de droite, de très à droite, qui nous ont même désignés à la tribune d'une manière totalement discriminante, assez boumeuse. en nous montrant à la tribune, parce que certains collègues probablement m'ont reconnu, mais on voyait bien que c'était nous, le comité qui était là à la tribune. Et ça a duré, et avec des arguments incroyables. Dans les deux chambres, que ce soit au Conseil des États ou au Conseil national, ça nous a beaucoup choqués. Après, évidemment, on a mis tous nos espoirs dans le comité des ministres. Mais il faut bien savoir que le comité des ministres, c'est totalement politique. Donc ce sont les ministres des affaires extérieures, des affaires étrangères ou les ambassadeurs qui les représentent. Et ces 46 pays se disent « Ah ouais, mais c'est que dans mon pays, c'est pas top, donc ça pourrait aussi m'arriver que cet arrêt soit repris ». Donc, je pense que tout ça, ça joue évidemment. Et qu'ils sont assez modérés dans leur prise de position. En mars, c'était assez clair, non ? Il faut revoir la copie, il n'y a toujours pas de budget carbone. Puis là, en septembre, c'était plus cool. C'était plus cool, mais quand même c'était pas parfait. Notamment au niveau des tribunaux. Au niveau des tribunaux suisses, puisque les tribunaux ont été condamnés à l'unanimité des juges. Article 6, pas eu droit à un procès équitable. Ça c'est très fort quand même. À l'unanimité, Poydoin, cet article 6 de la Convention, il est très très important. Et donc là, les tribunaux, ils sont en train, oui, normalement, ils devraient aussi rendre une copie en disant, surtout qu'il y a d'autres affaires qui sont au niveau des tribunaux suisses maintenant. notamment d'agriculteurs, de viticulteurs, de gens de la terre qui sont au niveau du tribunal administratif fédéral. Et je pense que là, il doit vous réfléchir en disant, ah oui, c'est vrai que les émis, on ne les a pas écoutés, mais peut-être que ceux-là, il faut qu'on les écoute et qu'on donne une réponse sur le fond. Donc ça, c'est très, très important. Alors voilà, on va voir en mars 26. En tout cas, pendant une année, le comité des ministres ne peut pas classer une affaire. Mais c'est vrai qu'on a été choqués quand même. On a été choqués non seulement par les termes employés par certains, mais par cette prise de position politique qui plus est, est partie d'un sénateur du Conseil des États, socialiste, professeur de droit. qui a rédigé cette déclaration en disant, bien sûr, la convention c'est très important, la cour c'est très important, mais il faut un peu la recadrer quand même, parce que là ils ont fait de l'activisme les juges. Ça n'a pas du tout, ça n'a pas du tout, la séparation du pouvoir. L'État de droit, Ça c'est terrifiant et je vois qu'on est confronté aux mêmes problématiques d'un pays à l'autre malheureusement. Mais un peu partout maintenant, la remise en question de la justice et des magistrats et des juges, moi ça me fait très très peur, ça me fait très très peur. Surtout que toute notre législation est basée sur la législation de la Cour, enfin sur toutes les juridices prudents, Mais bien sûr. Sur la justice internationale, je veux dire. Bien sûr, et puis quand on sait à quel point il est compliqué, laborieux d'intenter une action en justice, de s'appuyer sur des textes, de travailler autour de ces textes, il est impossible de faire de l'activisme sans fondement juridique. Et ce n'est pas de l'activisme, c'est simplement que vous avez suivi les textes. Et vous avez apporté les preuves permettant de défendre une situation. Mais ça, il faut avoir, je pense, lu quelques textes et quelques arrêts pour comprendre de quoi on parle. Cet arrêt, il est vraiment incroyablement, d'abord, abordable, je trouve. Il est très long, plus de 300 pages. Il met le doigt sur tellement de choses et notamment il parle tellement bien des générations qui viennent. Il met le doigt vraiment en disant bon alors si vous ne faites pas dans les cinq ans qui viennent, vraiment un changement de paradigme total, le fardeau sera pour ceux qui viendront. Bien sûr. Et il parle beaucoup de l'intergénérationnel et de notre responsabilité. Il en parle vraiment très très bien. J'ai prévu d'en lire des extraits dans l'épisode parce qu'il y a des paragraphes. Qui sont vraiment chapeau les juges. Et puis qui sont finalement très accessibles. Et moi, je l'ai vu comme un outil dont tout le monde peut s'emparer parce qu'il n'y a pas besoin d'être ni avocat, ni juriste pour le décrypter et le comprendre. Et ça, vraiment, c'est la magie, je trouve, de ce jugement et du travail qui a été fait par les juges. et peut-être d'une volonté effectivement de se dire en fait là l'urgence elle est là et donc aujourd'hui on va simplifier, on va remettre un jugement qui est long certes mais qui est clair, qui est intelligible pour que tout le monde puisse s'en emparer et qu'ensuite d'autres actions puissent être intentées aussi parce que c'est l'enjeu. C'est ça, la protection du climat est un droit humain, c'est noir sur blanc. Et l'article 8, bien sûr qu'ils l'ont fait évoluer, mais ce que disait un ancien juge suisse de la Cour, un juge magnifique qui dit, mais il y a 50 ans et plus, bien entendu on n'en était pas à parler à la Cour du climat et des problèmes climatiques, mais c'est un outil, qui évolue avec le temps, avec ce qui se passe. Et cet outil évolue et cet article 8 tel qu'ils l'ont fait évoluer, il est très très fort. Ils reconnaissent les atteintes graves, etc. Donc voilà. On en est là, mais je vois que les aînés pour le climat ne baissent pas les bras et c'est le principal. On l'a compris, pour l'instant, on n'a pas observé de réels changements, en tout cas dans les politiques climatiques suisses. Ça rétropédale un petit peu, comme partout, et c'est une tendance, pour le coup, internationale, malheureusement. Vous avez beaucoup évoqué les femmes dans ce combat politique. Vous l'avez dit, tout est parti de là, avec ces constats que les femmes étaient davantage victimes du dérèglement climatique. Alors, ça vaut dans nos pays riches et développés, mais ça vaut aussi et surtout dans les pays en développement, dans les pays du Sud, où les femmes sont vraiment beaucoup plus exposées que les hommes au dérèglement climatique. Est-ce que vous pouvez nous en dire deux mots ? Oui, ça c'est très important effectivement parce que dans les pays du Sud, d'abord d'une manière générale, ils ont tellement moins contribué aux émissions et à la catastrophe. Ils subissent, ils subissent plus que tout le monde. Et bien entendu, dans ces pays du Sud, les femmes sont en première ligne parce que les femmes ont sur les épaules la famille, la recherche de l'eau, souvent l'agriculture. Elles sont beaucoup à être agricultrices. Et elles doivent aussi travailler souvent en plus. Elles subissent toutes ces conditions, plus que n'importe qui. Et elles sont parfaitement conscientes qu'aussi pour leurs enfants, qui subissent bien entendu, notamment les petits. Et donc ces femmes sont en première ligne absolument. Et ça nous en sommes bien conscientes et nous ne pouvons que que poursuivre nous les privilégiés quelque part, nous les privilégiés qui pouvons dénoncer et qui pouvons aller jusqu'à la cour pour que dans les pays du Sud, là où les femmes sont les moins privilégiées, les choses changent. Et il y a des femmes exceptionnelles dans ces pays, que ce soit en Afrique, qu'elles soient en Asie, et des jeunes aussi, des très jeunes femmes qui sont très très impliquées, mais c'est tellement plus difficile pour elles. de se faire entendre et puis ce qu'elles subissent, n'en parlons pas. Et puis de se faire entendre, d'avoir la place dans les médias et finalement, vous élevez vos voix aussi pour elles, bien évidemment. Est-ce que vous, il y a certains combats qui ont été menés par des femmes qui vous ont particulièrement inspiré ? On en connaît certains, bien sûr, Vandana Shiva notamment, qui est une femme incroyable et qui a mené beaucoup de combats. Est-ce qu'il y a d'autres combats qui vous ont inspiré ? Elle vient de s'en aller, Jane Goodall, mais elle, ce n'était pas seulement, bien sûr, c'était les chimpanzés et tout le travail qu'elle a fait, mais d'une manière générale, pour l'environnement, mais vraiment d'une manière tout à fait exceptionnelle. Carlson aussi, Le printemps silencieux, et ça, ça fait aussi longtemps, longtemps. Ah oui, puis il y avait aussi Brundtland, Gro Harlem Brundtland, c'est elle qui a la première définie le développement durable qui est devenu un mot qui ne vaut plus rien dire là maintenant parce qu'on a tort à travers et voilà. Mais c'était vraiment n'utiliser que Ce dont on a besoin pour laisser aux générations qui viennent, en gros c'est déjà la définition, c'était une grande dame, elle était norvégienne ou danoise ou suédoise peut-être. Et puis Vanganari Mutamata aussi, une grande dame africaine extraordinaire. Enfin, j'en ai plein. Et puis dans les jeunes maintenant, que j'ai l'occasion de rencontrer aussi. qui sont tellement, tellement aussi investies. Mais oui, par le passé, beaucoup. Et ces combats finalement de féminisme et d'écologie ont toujours été très liés et le sont aujourd'hui. En tout cas, les femmes ont eu besoin, comme vous le disiez, parce qu'elles sont souvent les premières victimes de faire entendre leur voix, de se mobiliser et de se battre pour protéger le vivant. Et je vous rejoins sur toutes ces femmes que vous avez citées et malheureusement Jane Goodall nous a quittées il y a quelques jours et elle laisse beaucoup, un grand héritage pour le monde vivant. Donc merci à elle. On va bientôt conclure cet épisode avec, alors malheureusement, quelques statistiques assez peu réjouissantes, puisque en préparant l'interview et en préparant notre échange, forcément j'ai reparcouru un peu la presse suisse, les actualités aussi. Vous avez là récemment de nouvelles statistiques qui sont tombées à propos de vos glaciers en Suisse qui ne sont pas très bonnes, pas très réjouissantes. Alors ça n'étonnera personne, mais en 10 ans, les glaciers suisses ont perdu un quart de leur volume. C'est quand même considérable. On considère aussi, j'ai lu plusieurs articles sur le sujet que je mettrai en source dans l'épisode, que plus de 1000 petits glaciers suisses ont d'ores et déjà disparu. Ils se sont éteints, ils ne sont plus là. Que ressentez-vous vous en tant que Suisse face à cette disparition, face à ces disparitions même ? Une immense inquiétude et nous avons participé à des hommages aux glaciers. Nous sommes allés faire des hommages aux glaciers. J'ai deux collègues dans le comité qui sont aussi des randonneuses les experts en randonnée montagne qui sont allés aussi. On voit très bien, ça apparaît magnifiquement dans le documentaire, magnifiquement. Et on est immensément inquiète. C'est soi-disant le château d'eau de l'Europe, la Suisse. Mais quand tout aura fondu, quand il n'y aura plus rien, il y a de grands fleuves qui prennent leurs sources en Suisse. Et c'est extrêmement inquiétant. Et c'est là où on se dit, mais que nos autorités, qui pourtant reçoivent aussi tous ces rapports, qui viennent d'ailleurs souvent de la Confédération et des départements concernés, c'est absolument dramatique. On a fait plusieurs manifestations. Au niveau des glaciers, on est même allé mettre, ça apparaît aussi dans nos photos, mais aussi dans le film, on a été mettre un immense paradrap à 3000 mètres d'altitude entre deux glaciers pour montrer à quel point c'est absolument dramatique et gravissime. On est nous déjà bien au-dessus des 2 degrés en termes de réchauffement en Suisse. Pays alpin extrêmement impacté, plus que d'autres encore. Et l'Europe est particulièrement impactée, en plus je l'entendais l'autre jour, de scientifiques qui disaient que l'Europe est particulièrement impactée par ce rachauffement dramatique. Et nous encore plus dans ces régions alpines où on y est confronté deux fois, voire deux fois et demi plus. Pour terminer, et parce que j'aime bien que les épisodes se terminent toujours avec un petit mot d'espoir, quel est le message aujourd'hui que vous faites passer aux jeunes générations ? Vous avez l'occasion de les côtoyer, vous croyez beaucoup, tout comme moi. à l'intergénérationnel, à la dimension très importante de ces combats et de les mener ensemble aussi. Quel est le message que vous leur faites passer ? Vous disiez elles sont parfois désabusées, découragées, peut-être quelque part aussi désinvesties parce que tout le reste du monde semble encore dans ce déni. Absolument. Alors c'est sûr que la société civile doit rester mobilisée. Je pense qu'elle a un immense pouvoir. En tant que consommateur et consommatrice, nous avons un immense pouvoir. La société civile doit rester mobilisée et puis s'associer, faire équipe, ne pas rester seule. Et puis s'intéresser à la politique, ça ne veut pas dire faire de la politique, mais s'intéresser à la politique, aller voter. Si on veut renverser la table, il faut aller voter. Pour moi, c'est tellement important, moi qui n'avais pas le droit de vote à 20 ans, je sais ce que ça veut dire que d'aller voter, c'est un privilège. sans risque pour notre liberté chez nous, alors que d'autres sont emprisonnés parce qu'ils veulent donner leur avis. Et puis, si on ne s'intéresse pas à la politique, de toute façon, la politique, elle s'intéresse à vous. Donc, voilà. Et puis, ne pas rester seul. Ne pas rester seul en tant que consommatrice, consommateur, boycotter tout ce qui est à la fois néfaste pour nous, pour notre santé, pour le climat. Et puis aussi pour les personnes qui produisent et qui souvent mettent leur santé en danger. Puis faire appel à des avocates et avocats spécialistes dans la matière parce qu'il y en a beaucoup maintenant. Chez nous en tout cas, on a une association maintenant des avocats pour le climat en Suisse qui font un boulot extraordinaire. Voilà. ne pas rester seul. Merci infiniment pour cet échange. C'était un grand plaisir de vous rencontrer. Je rappelle évidemment que votre documentaire « Trop chaud, les aînés pour le climat contre la Suisse » est sorti. Je mettrai les liens si j'en trouve pour les projections, etc. Et puis peut-être qu'on pourra aussi le visionner en ligne pour celles et ceux qui nous écoutent de très loin. Alors oui, ça sera dès avril 2026. Il sera en ligne et sera disponible. Super, je mettrai bien tout ça et j'actualiserai l'épisode en conséquence. Merci infiniment Anne et puis à bientôt. Merci à vous. Free Audio Post-Production by Alphonik.com.